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Contretemps 21-2008

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    Textauszug aus diesem Dokument

    Le discours versaillais de Nicolas Sarkozy, le 28 avril à Bercy, avait le ton de la revanche
    sociale : « Mai 68 nous avait imposé un relativisme intellectuel et moral… Le
    culte de l’argent roi et du profit à court terme a été porté par les valeurs de
    mai 1969… Je propose aux Français de rompre réellement avec l’esprit, avec les
    comportements, avec les idées de Mai 68. Je propose aux Français de rompre
    réellement ave le cynisme de Mai 68. Je propose aux Français de renouer en
    politique avec la morale, avec l’autorité, avec le travail, avec la nation. » Travail,
    famille, patrie : la trilogie vichyste au grand complet.
    Ce discours expiatoire, qui prétend faire porter au péché originel de Mai 68 la
    responsabilité du chômage et des misères du présent, s’inscrit pleinement
    dans la tradition versaillaise qui érigea le Sacré-Coeur pour expier les « crimes »
    de la Commune, ou de Vichy qui imputa « l’étrange défaite » aux effets délétères
    du Front populaire. Avec l’oraison funèbre sarkozienne, la boucle de la révision
    historique est bouclée. 1978, c’était déjà la cérémonie des adieux : l’ordre était
    rétabli au Portugal et la gauche divisée avait perdu les élections législatives.
    1988, en prélude aux fastes dépolitisés du bicentenaire, c’était la réécriture
    mitterrandienne de Mai 68 comme prémisse à la modernisation et tremplin
    vers la gloire d’une génération hédoniste. Un an avant le quarantième anniversaire,
    Sarkozy escamote d’un tour de bonneteau la plus grande grève générale
    et fait de Mai 68 le bouc émissaire des dégâts de… la contre-réforme libérale !
    Pourquoi Mai 68 trouble-t-il encore les nuits de Sarkozy au point de vouloir à
    tout prix en exorciser le spectre ?
    S’il ne s’était agi que d’une explosion juvénile, on en parlerait comme on
    évoque le mouvement des campus américains ou la révolte des provos dans
    les rues d’Amsterdam. Dans la plupart des pays capitalistes développés, les
    moeurs ont évolué, l’individualité s’est affirmée, le droit à l’avortement a été
    conquis, sans qu’il y eût besoin pour cela de la grève générale la plus longue
    et la plus massive de l’histoire de France. Était-ce la der des der des luttes
    ouvrières du XIXe et du XXe siècle ? L’ultime baroud du monde de Zola, du Front
    pop et de la Libération ? Ou la première grève du XXIe siècle, dans un pays à
    large majorité urbaine, où la classe travailleuse rassemble sous son hégémonie
    la petite paysannerie, le jeunesse scolarisée, une fraction importante des
    techniciens et cadres, et où des équipes de foot se déclarent en autogestion ?
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